Est-ce que la séquestration carbone peut suffire pour atteindre la neutralité carbone en 2050 ?

Réponse

Sans compensation, un tiers de nos réserves de pétrole, la moitié de nos réserves de gaz et plus de 80 % de nos réserves de charbon devraient rester sous terre pour atteindre l’objectif des + 2°C. C'est dire l'important volume qu'il faudrait "compenser", avec des techniques qui ne sont pas encore matures et dont il n'est pas certain qu'elles le soient un jour, ou en tout cas, suffisamment rapidement !

Techniquement, en effet, il est impossible à l'heure actuelle de garantir qu'on sort vraiment du carbone de l'atmosphère par notre action et de manière pérenne. L'immense majorité des projets de compensation sont des « faux » : soit des puits carbone déjà existants sont valorisés (par exemple, une forêt), soit on crée de la compensation non pérenne (une forêt qu’on va couper 30 ans après sa plantation …). Ou alors, on observe également des projets technologiques du type séquestration de CO2 dans le sous-sol : il faut se demander quel est le bilan énergétique global de telles actions, quelles sont les garanties que le CO2 ne ressorte pas du sol au bout de quelques années (quand on voit que les pétroliers ont parfois un mal fou à arrêter une fuite de gaz sur un puits…), et leur passage à l'échelle.

Les seules solutions à notre sens un peu sérieuses sont :

  • d’augmenter le taux de matière organique des sols agricoles en changeant complètement la logique et les techniques de culture (Technique Culturale Simplifiée en bio + haies + engrais vert)
  • d'arrêter la déforestation puis reforester des zones cultivées
  • de rénover les bâtiments de manière pérenne (bâtiment conçu pour plusieurs siècles) en matériaux biosourcés et bois issus de forêts jardinées (futaies irrégulières) bien gérées.

Honnêtement, cela prend moins de temps de prendre un bateau pour voyager que de compenser vraiment les émissions d'un voyage en avion. Mais il est plus facile de trouver des organismes qui déculpabilisent les voyageurs en avion en leur demandant un peu d'argent pour de la « compensation » que des voyageurs prêts à éviter des émissions en le payant de leur temps.

C'est pourquoi nous sommes hostiles à la compensation avant qu'on ait divisé les émissions par 4, 6 et plus (en France). Sinon cela devient le prétexte pour ne pas réduire les émissions et nos chances d'arriver à la neutralité carbone sont nulles : game over.

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