Georges, Résistant Climatique

Retrouvez le témoignage de Georges :

George 52 ans, résistant climatique

Je me prénomme Georges, 52 ans et j'habite en Bourgogne, entre Loire et sud-Morvan.

Mon premier métier ne m'a pas procuré l'épanouissement et la cohérence avec les valeurs que je défends. Profondément insatisfait, j'ai toutefois vécu 12 années d'expériences sociales en grande entreprise riches en enseignement, notamment sur les âpres conditions de travail basées sur la compétition, la recherche de profit au détriment bien souvent de l'environnement.

J'ai profité, au tournant de la trentaine, d'un plan social pour me reconvertir dans un métier, ou plutôt deux, qui portaient beaucoup plus de sens à mes yeux. Je suis devenu charpentier-couvreur via une courte formation chez les Compagnons. Ma vie d'ouvrier puis d'auto-entrepreneur s'est faite en osmose avec une maturation écologiste qui a vraiment pris son envol lors d'un écofestival en 2003. J'en suis revenu avec toute une liste d'objectifs (manger 100% bio, toilettes sèches, utilisation de l'eau de pluie, apprendre à cultiver et faire mes semences, etc.) qui ont été atteints en quelques années. Ces objectifs répondaient à une aspiration à l'autonomie, à une réappropriation de mes moyens d'exister, à une quête de plus grande liberté. Et l'un des premiers moyens pour y parvenir était de réduire les besoins monétaires, ce qui s'est fait en réduisant les consommations et en augmentant l'auto-production.

En mutualisant avec l'un de mes frères, nous avons pu acheter en autofinancement une maison ancienne à rénover sur un grand terrain de plusieurs hectares.

L'apprentissage de l'autonomie m'a fait découvrir la permaculture, la décroissance, l'écologie sociale ainsi qu'une grande leçon : comme nous faisons société, l'autonomie est une affaire autant individuelle que collective. Avec le mutualisme (nous avons des intérêts en commun et on partage une partie des moyens), la coopération (on fait des choses ensemble) et l'entraide (on se secoure les uns les autres en cas de difficulté), on peut créer un monde plus équitable, plus résilient aussi face au dérèglement climatique. Plus de liens et moins de biens !

J'ai appris à greffer des arbres fruitiers lors de stages en permaculture en 2010 puis 2011, puis à la Maison du Parc du Morvan en 2012 avec les Croqueurs de Pommes, et j'ai greffé mes premiers arbres fruitiers en 2013. Il y a maintenant plus de 400 arbres plantés ici avec environ 160 variétés. M'occuper de ces arbres devient donc mon troisième métier, mais parfois j'ai l'impression que ce sont eux qui s'occupent de moi ! Ils m'apprennent de grandes leçons de vie : l'humilité, la patience, le goût de l'effort, vivre au rythme de son corps et des saisons.

A part les déplacements professionnels (6 en tout) pendant mes jeunes années, je n'ai plus pris l'avion depuis 25 ans.

Notre vieille voiture de 26 ans, que nous entretenons avec soin, roule encore un peu trop selon moi, soit 1800 km cette année (on est deux à l'utiliser à tour de rôle), notamment à cause de l'offre inexistante en milieu rural de transports en commun, mais aussi du relief pour les trajets à vélo, ce qui en limite la portée. Toutefois, l'appel à résister me relance dans l'usage du vélo, et si on arrive à tenir l'objectif d'être autonome en alimentation d'ici 3 ans, nous réduirons encore fortement ce kilométrage : les magasins bio sont rares dans le secteur, et assez loin, même si nous faisons deux commandes en gros et beaucoup en vrac dans l'année et nous organisons avec un cellier.

Je consomme 100% bio depuis 12 ans, et je suis végétarien depuis l'âge de 20 ans, végétalien depuis 2013. L'année passée a été la première année où j'ai consommé tous mes légumes en local, normal, ils venaient du jardin ! Mais j'ai participé longtemps activement à une AMAPP (le deuxième P pour proximité).

Côté biens de consommation, je n'ai pas de téléphone portable depuis plus de 10 ans, et pas non plus de carte bancaire. Tous mes appareils électroniques ont déjà passé les 10 ans d'âge, et nous avons un bon stock de pièces détachées d'ordinateur pour réparer celui qui me sert à écrire ce texte. Et ça me satisfait amplement, même si cela pose de nombreux problèmes : une ligne de téléphone fixe coûte plus cher qu'un forfait de portable, de plus en plus de magasins n'acceptent plus les chèques etc... Je pratique donc beaucoup la récup', le recyclage, la réparation, la réutilisation.

Au niveau collectif, je suis engagé dans différents mouvements, et notamment sur mon territoire dans un réseau de production de semences en train de se développer, avec un enjeu de taille pour faire face au dérèglement climatique particulièrement fort ces deux dernières années. En effet, les plantes annuelles ont la capacité de s'adapter rapidement à des changements brutaux et fréquents. Nous devons nous réapproprier leur production, en faisant de la sélection, mais aussi en produisant les semences chaque année, sur plusieurs jardins, afin d'assurer le plus grand réservoir génétique possible.

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