Grégory, 44 ans, Résistant Climatique

Retrouvez le témoignage de Grégory, 44 ans.

Présentez-vous en quelques mots.

Né en 1975 en région parisienne, je partage aujourd'hui ma vie entre Paris (lieu de mes activités professionnelles) et la Normandie (le lieu permacole!).

Je dirige un centre de formation à la gestion des contrats et des projets complexes. Les matières enseignées, au-delà de la partie juridique, sont principalement la gestion de risque au cœur des systèmes complexes, la négociation collaborative et la résolution de conflit (Communication Non Violente, maïeutique, médiation/facilitation).

L'activité se déploie principalement en France mais également à l'international.

Le temps libre est consacré, avec ma famille, à notre site en Normandie où nous apprenons encore beaucoup tout en mettant en pratique l'enseignement reçu ces dernières années: permaculture, herboristerie, cueillette sauvage, arboriculture, écosystèmes forestiers, cuisine végétale, etc.

Nous envisageons, à court terme, des activités sur ce site afin de transmettre au plus grand nombre et de développer la résilience au niveau local.

 

Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre Résistance Climatique?

J'ai souhaité rejoindre Gildas Véret dans le cadre d'un Stage Forêt qu'il organisait courant 2019. Passer 5 jours en forêt avec un formateur aguerri, la réalisation d'un vieux rêve d'enfance...

En me renseignant sur les activités de Gildas, je suis tombé sur Résistance Climatique. Je n'avais pas besoin d'être convaincu par la problématique, mais l'approche offrait un petit supplément d'âme par rapport aux autres structures que je connaissais: une vision très pragmatique du changement à mettre en œuvre au plus vite, d'abord individuellement, afin de casser mes plus mauvaises habitudes.

Résistance Climatique parle fort mais toujours vrai, sans concession, exemples à l'appui et sources à foison. C'est un cocktail équilibré entre l'affirmation des urgences et les propositions de solutions; de quoi rassembler massivement!

 

Sur le 1er engagement (ne plus prendre l'avion et rouler en voiture moins de 2000 km/an/pers), qu'est-ce que cela change (ou va changer) concrètement pour vous?

L'avion pour commencer: nous avons choisi, en couple, de stopper tout voyage en avion, qu'il soit personnel ou professionnel.

Ce n’est pas sans impact : côté perso, une partie de ma famille proche (mon père et une jeune sœur) vit à l’étranger et côté pro nous nous fermons notre marché existant à l’international et les perspectives qu’il offrait.

Mais Résistance Climatique a trouvé les mots pour nous faire accentuer et accélérer les prises de décision en faveur des écosystèmes naturels (et donc de notre bien-être). 

Et puis, en ce qui concerne la partie professionnelle, pour reprendre les mots de Dennis Meadows : Arrivé à un stade de la vie où nous avons clairement le choix de gagner plus ou de gagner moins, nous choisissons de gagner moins car plus serait indécent au regard du monde dans lequel nous vivons…

La voiture est un sujet plus compliqué et très culpabilisant. Nous avons adapté notre mode de déplacement en ville (trottinette non électrique, vélo non électrique également, et paire de jambe) et limitons, de manière générale, nos déplacements (l'idée n'est pas de remplacer l'avion à tout prix, loin de là). En revanche le trajet Région Parisienne - Normandie à fréquence très régulière fait exploser le compteur. Ma situation familiale ne me permet pas aujourd'hui de faire différemment. La réflexion se poursuit néanmoins pour trouver des alternatives. L'objectif reste clair!

 

Sur le 2e engagement (se nourrir d’aliments 100 % bio, locaux, de saison, en mangeant de la viande 1 à 2 fois par mois au plus), qu'est-ce que cela change (ou va changer) concrètement pour vous?

Je suis végétalien depuis plusieurs années donc la nourriture animale et les produits laitiers sont hors sujet en ce qui me concerne.

Le bio fait partie de nos principes de vie aussi bien pour des raisons sanitaires qu'éthiques.

Quant aux légumes et fruits de saison, locaux de surcroit, nous visons une forme d'autonomie à terme et mettons tout en œuvre pour que cette part soit croissante dans notre alimentation. Nous ne manquons pas de maraîchers bio autour de chez nous en Normandie. Ceci additionné à notre petite production, nous constatons de vrais progrès sur ce deuxième engagement.

 

Sur le 3e engagement (ne plus acheter de neuf, en particulier d’appareils électroniques neufs), qu'est-ce que cela change (ou va changer) concrètement pour vous?

Voilà un engagement sur lequel nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir, trop de chemin.

Nous sommes très vigilants sur les appareils électroniques et électriques de manière générale, en tentant de les maintenir le plus longtemps possible et de trouver des alternatives manuelles (ex: hache paille plutôt que broyeur électrique).

Sur la question de l'achat neuf...le constat n'est pas enviable. Et nous devons emporter avec nous le reste de la petite famille (les enfants donc) qui ne sont pas habitués à ce qui n'est pas neuf. C'est un vrai changement de paradigme et d'éducation, à mener avec tact pour ne pas créer une résistance définitive.

Le sujet est absolument essentiel car il est un marqueur d'adhésion à un système hyper consumériste totalement aberrant et dévastateur pour la biosphère. 

Donc à l'heure actuelle, nous achetons de moins en moins, et lorsque nous savons que nous pouvons trouver facilement d'occasion, nous n’hésitons pas. 

Mais ce n'est pas suffisant et notre conscience nous tire l'oreille régulièrement.

 

Sur le 4e engagement (demander à l’État et aux entreprises de tenir l’engagement de la France en divisant par 4 nos émissions de gaz à effet de serre), qu'est-ce que cela change (ou va changer) concrètement pour vous?

Voici l'engagement collectif par excellence et donc éminemment politique, au sens premier du terme.

C'est une bonne occasion d'expulser nos colères de temps à autres, avant qu'elles ne reviennent... Quasiment cathartique!

Côté entreprise, notre démarche consiste à essaimer le plus possible auprès des clients de notre activité professionnelle en leur servant sur un plateau l'ampleur des dégâts et les opportunités de changement. Nous ciblons leurs collaborateurs par le biais de nos formations (véhicule très intéressant pour transmettre des messages redondants) ou d'initiatives du type Fresque du Climat que nous présentons en petits groupes auprès de cadres moyens et supérieurs souvent loin des préoccupations de Résistance Climatique.

Les retours sont toujours riches et positifs. Nous cherchons à toucher ceux qui nous ressemblent en se rappelant constamment que quelques années en arrière, nous avons nous même été touchés et que le changement a démarré.

La pression sur les entreprises passe aussi, pour nous, par un éloignement de celles présentées jusqu'ici comme incontournables: nos économies vont à la NEF, l’électricité vient d'Enercoop, etc.

Côté État... la désespérance se double d'un certain mépris, il faut l'admettre... Nous avons rejoint Extinction Rebellion pour participer à des manifestations locales qui font du bruit, attirent l'attention, questionnent. La non-violence du mouvement est pour nous sacro-sainte et la qualité de sa communication, jusqu'ici, donne envie de se mêler aux troupes.

Tout en étant conscient que le jeu se joue sur tous les fronts et que parmi la multitude d'actions et solutions, l'une d'entre elles sera peut-être salvatrice, je trouve que le rapport à l’État est énergivore et que le retour sur investissement (d'énergie!) est terriblement frustrant. Je ne mise pas tous mes jetons sur cette partie de l'engagement...

 

Quelles satisfactions et frustrations ces engagements vous apportent-ils au quotidien?

Transitionner de la belle vie (confort, luxe et volupté) à la bonne vie (en gros les trois principes éthiques de la permaculture) est une satisfaction immense.

C'est source de fierté. Un sentiment d'être à sa place (un tout petit élément organique au cœur de l'immense réseau du règne du vivant), de faire sa part, de limiter toujours davantage les conséquences néfastes de nos choix de vie sur autrui (arbre, chevreuil, collembole, mycélium, humain, etc.)

Ces engagements provoquent une réconciliation entre l'homme et l'enfant. C'est une chance de rattraper le "mal vécu" et l'abandon sur le chemin de la croissance d'une simplicité qui me comblait jadis.

Les frustrations sont là aussi: ça ne va jamais assez vite, je ne vais jamais assez vite!

Et puis, lorsqu'au gré d'une lecture je lis qu'on climatise les rues au Qatar ou que l'on accentue la commande d'écrans numériques publicitaires dans le métro parisien, le calcul rationnel de mes petits pas face à de telles reculades écorne l'espoir.

Alors, je me rappelle comme un mantra que la résilience ce n'est pas empêcher le choc mais l'atténuer et préparer au mieux l'après.

 

Quel lien souhaiteriez-vous avoir avec d'autres résistants climatiques?

Davantage de rencontres locales et, au moins une fois par an, une grande rencontre nationale, comme ce fut le cas cette année.

J'ai tellement appris des comportements des autres au regard de leurs engagements. J'ai copié leurs trucs et astuces. J'ai culpabilisé avant de me mettre en mouvement, par pur effet de comparaison.

Je souhaite continuer à être secoué et éveiller, moi-même, quelques consciences au passage.

Reste à trouver le meilleur format pour ces rencontres qui doivent donner envie, ne pas s'avérer vaines et créer des relations durables.

 

Avez-vous autre chose à ajouter?

J'ajouterais bien que le chemin est long mais que la route est belle, seulement le facteur temps sur la thématique qui nous concerne vient gâcher l'innocence de cette conclusion.

Donc, de façon plus pragmatique: merci aux Résistants Climatiques (les pionniers, les récents et les futurs) pour votre engagement qui devient nôtre.

Gagnons en visibilité par une communication adaptée afin de rassembler toujours plus largement. La créativité doit nous aider à identifier des pistes de travail en commun et des outils à déployer qui provoqueront l'ultime "tilt" qui manque à certains avant l'action et le respect des engagements ci-dessus.

Montrons-nous nos réussites individuelles et collectives pour se donner envier ou brûler de jalousie. Peu importe, aussi longtemps que le résultat est le même.

Et si tout échoue, tant pis. C'était la bonne chose à faire, indépendamment de l'issue. Et voilà une sacrée source de satisfaction!

 

 

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