Notre proposition d'atterrissage

Pour un quota de distance parcourue en avion

Il est temps de prendre nos engagements climatiques au sérieux

Rappelons quelques faits simples :

  • Pour limiter le réchauffement climatique, nous devons passer d’une empreinte carbone par habitant d’environ 12 t CO2e, à moins de 3 t en 2030, et moins de 1,3 t en 2050.
  • Un simple aller-retour Paris New-York en avion émet environ 2 t CO2e par passager.

Il faut nous rendre à l’évidence : le trafic aérien actuel, et a fortiori les prévisions de croissance du secteur, sont incompatibles avec ces contraintes physiques.

Il est irresponsable de nous attacher à ce mode de transport, en nous contentant d’espérer que les engagements des acteurs du secteur suffisent à le rendre « durable ». Même dans leur version les plus optimistes (-25% de consommation de carburant par passager), ils ne modifient qu’à la marge l’équation, et la nécessité de réduire drastiquement et rapidement le recours à ce mode de transport. Nous n’avons plus le temps d’attendre un hypothétique saut technologique.

Pas plus d’un tour du monde par an et par personne dès aujourd’hui

C’est pourquoi Résistance Climatique propose, dès aujourd’hui, l’instauration d’un quota de distance annuel, révisé régulièrement pour être compatible avec la nécessaire trajectoire de réduction de nos émissions de gaz à effet de serre :

  • Dès aujourd’hui, pas plus d’un tour du monde par an et par personne
  • En 2025 : un tour du monde tous les 4 ans
  • En 2030 : un tour du monde tous les 10 ans
  • En 2050 : un tour du monde tous les 20 ans

Figure 1 : Trajectoire de quotas d'aviation compatibles avec les objectifs climatiques

« Cette distance individuelle maximale » sera non échangeable. La trajectoire correspond au maximum envisageable pour tenir nos objectifs climatiques. D’après les scénarios élaborés par le GIEC, et repris par le Commissariat Générale au Développement Durable, l’empreinte carbone par habitant doit descendre, d’ici 2050, à moins de 1,3 t CO2e, avec un passage à moins de 3 t dès 2030.

La trajectoire présentée ci-dessus fait l’hypothèse que nous choisirons de consacrer 20 % de notre quota carbone aux voyages en avion (voir les explications).

Une mesure de justice sociale maintenant la continuité territoriale

En France, la moitié des distances parcourues en avion sont effectuées par 10 % de la population. À l’échelle mondiale, seuls 10 % des humains ont déjà pris l’avion et ce sont les 90 % qui ne volent pas qui sont le plus durement touchés par le réchauffement climatique.

Cette mesure de justice permet à tous les français et françaises d’outre-mer et expatriés de retourner voir leur famille chaque année tout en prenant conscience de l’horizon à tenir d’ici une à deux décennies.

Maintenir la possibilité pour les familles de se retrouver n’empêche pas de réduire massivement l’impact de l’aviation : 

  • les vols entre les DOM-TOM et la métropole représentent, en 2017, 3 % des passagers transportés depuis les aéroports français, et ceci inclut une grande part de tourisme et de déplacements professionnels,
  • au global, le tourisme est la cause de la moitié des vols, le travail de près de 30 % et les autres raisons (dont retrouvailles familiales) d’environ moins d’un quart. On pourrait donc réduire de plus de 3/4 les vols avant de rendre moins fréquentes les visites à la famille à l’autre bout du monde.

Il n’y a pas d’aviation écologique

Air France : « La compagnie aérienne la plus respectueuse de la planète » = Green Washing “Atterrissons deux secondes !”, M. Le Maire, pour reprendre vos propres mots à l’Assemblée Nationale (en commission des Affaires Économiques) !

Il n’y a et il n’y aura pas d’aviation écologique à l’échelle de l’urgence climatique.

Toutes les compagnies aériennes émettent des gaz à effet de serre dans des quantités incompatibles avec l’Accord de Paris sur le Climat, c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles leurs émissions ne sont pas concernées par cet accord (tout comme le transport international maritime) !

L’université de Cambridge, dans un rapport récent – Absolute Zero - pour le gouvernement anglais, a affirmé l’impossibilité de maintenir l’aviation dans la trajectoire vers la neutralité carbone d’ici à 2050. Elle conseille de ne conserver que 3 aéroports (Heathrow, Glasgow and Belfast) d’ici à 2029 puis la fermeture de ces 3 derniers aéroports avant 2050.

Toutes les pistes annoncées pour verdir l’aviation sont trompeuses :

  • faire voler des avions consommera toujours énormément d’énergie,
  • les technologies hydrogènes ou électriques sont non matures ou non fonctionnelles et en aucun cas elles ne peuvent passer à l’échelle d’ici à 2050,
  • les biocarburants accroissent la déforestation et viendraient en concurrence des usages alimentaires alors que le réchauffement climatique rend l’agriculture plus difficile et moins productive : les terres doivent nourrir les humains et porter des forêts, pas produire du carburant pour les avions,
  • planter des arbres ne « compensera » jamais l’impact de l’aviation, ni en quantité (il n’y a pas les surfaces pour planter suffisamment d’arbres), ni en qualité (si les arbres meurent de sécheresses ou brûlent d’ici à 2080, la compensation n’aura rien compensé ! Le carbone doit rester dans le sous-sol). Ce serait de plus très inégalitaire, puisqu’on « bloque » les terres des « pays du Sud » pour permettre aux « habitants du Nord » de continuer à émettre.

Remarque sur le choix de la valeur du kilométrage annuel maximal autorisé en avion par personne.

Nous avons proposé de fixer la première étape à un maximum de 40 000 km. Cette valeur, qui conduit déjà à des émissions de l’ordre de 10 t de CO2, a bien sûr une dimension symbolique : il s’agit déjà d’un excès, et cela concerne moins de 1 % de la population française.

Il conduira cependant, à court terme, à une réduction de l’ordre de 20 % des émissions du secteur (tout en ne concernant que 1 % de la population, voir notre étude d'impact).

Ce quota semblera excessivement élevé à certains. De fait, il est très insuffisant. Le dossier technique démontre ce point en s’appuyant sur le rapport Absolute Zero, les données de la Base Carbone de l’ADEME et l’empreinte carbone compatible avec un réchauffement limité à +1.5°C à +2°C. C’est pourquoi les résistantes et résistants climatiques, désireux de prouver la faisabilité et la désirabilité d’un monde bas carbone, refusent de prendre l’avion sur quelque distance que ce soit.

40 000 km/pers/an, c’est le plus petit quota qui permet de se rendre n’importe où sur Terre en avion. La Nouvelle-Zélande (ainsi que Nouméa, Tahiti) se trouve à environ 20 000 km de la France. 20 000km à l’aller, autant au retour : le quota est épuisé pour un an. Tout quota inférieur interdirait de se rendre en Nouvelle-Zélande par un trajet aller-retour en avion.

L’opinion publique et les politiques sont aujourd’hui très loin d’être prêts à envisager les mesures concrètes qui permettent la limitation du réchauffement à +1,5 à 2°C. La présente proposition vise à fissurer cette « barrière » des consciences. En légiférant dès 2020, elle permet des avancées notables pour la suite :

- Reconnaître collectivement que « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » dans le temps et l’espace (soit pour d’autres sur la planète et les futures générations). Par conséquent, l’écologie n’est en rien « liberticide » mais bien garante de la pérennité de nos libertés qui nécessite une planète habitable avant d’envisager tout autre « liberté » d’aller et venir, etc.

- Reconnaître la légitimité de légiférer pour poser des limites contraignantes sur les émissions de GES, le quota étant une mesure efficace et juste. D’ailleurs notre monde actuel est borné par les limites fixées dans les lois (interdiction de rouler à plus de 50 km/h en ville, interdiction de rouler en Formule 1 sur la route, etc.),

Une fois ces bases posées, il sera possible de définir un calendrier de réduction des « quotas CO2 » non échangeables pour construire une trajectoire compatible avec les objectifs de la SNBC. Cette loi permettra aussi d’aligner les projets d’investissements de l’État, des collectivités, des entreprises sur la nécessaire prise en compte de ces quotas. Il ne sera plus envisageable de construire des plans pour ajouter Orly à Roissy quand la SNBC, le CGDD, le HCC ou d’autres organismes ministériels annoncent une trajectoire décroissante en passagers ou kms volés.

Enfin c’est un signal fort permettant de lancer des investissements dans d’autres modes de transport (train, bateau à voile, etc.), de repenser l’occupation de l’espace, la vitesse de nos déplacements, et in fine nos imaginaires collectifs quant à la liberté de se déplacer.

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