Stratégie pour 2022

Dernier mandat pour le climat

Ce texte est une actualisation de la stratégie de Résistance Climatique publiée en 2020 dans Le Monde et Reporterre fort des derniers évènements bio-géophysiques & politiques ainsi que du contexte électoral à venir.

Ne nous trompons pas d’enjeu

Les catastrophes engendrées par le réchauffement climatique ont commencé : sécheresses, incendies, pluies diluviennes, inondations et glissements de terrain, ouragans… Nous avons tous en tête des images récentes terribles, ainsi que le lourd bilan humain qui leur est associé (sans parler du reste du vivant, végétal et animal). Pour autant, les menaces portées par le réchauffement à venir sont d’une toute autre ampleur. Nous avons encore le choix entre baisser fortement nos émissions de GES (gaz à effet de serre) pour stabiliser le climat dans la situation difficile que nous connaissons déjà ou laisser  stagner voire augmenter les émissions de GES et déclencher un emballement du climat lié aux fameux « tipping points » / « points de bascule ». Cette vingtaine de « rétroactions positives », comme la fonte du permafrost qui relargue du méthane, ou la libération du carbone de la forêt amazonienne, si elles sont lancées, porteront le système climatique dans des extrêmes dont nous n’avons pas idée, avec des catastrophes mille fois pires que celles que nous connaissons. Une bascule vers « la planète étuve » entraînerait la migration d’environ 3 milliards de personnes. Cette fois, nous ferions partie des migrants. Un réchauffement de +4°C remettrait en cause l’habitabilité de la France avec des canicules à plus de 55°C fatales aux humains et aux cultures. Qu’en serait-il à +5°C, à +6°C ? La perspective d’une France désertifiée et d’un chaos planétaire est aujourd’hui la destination de notre « business as usual ». Il est possible et moralement impératif d’éviter ce scénario du pire par des actions de rupture audacieuses, rapides et de grande ampleur. Le passé est irréversible, certes, mais nous avons la possibilité de changer le présent et l’avenir.

En retard, mais pas trop tard : agissons maintenant

Le retard s’accumule et la promesse de maintenir le réchauffement climatique à 1,5°C (fourchette basse de l’Accord de Paris) est quasi assurément hors de portée. Nous ne tenons pas nos engagements de réduction des émissions de GES, même le Conseil d’État ou la Justice le disent, et les conséquences sont et seront lourdes. Pour autant, le pire, c’est-à-dire un emballement climatique lié aux boucles de rétroaction positive, peut encore être évité. Pour cela, il nous faut maintenir le réchauffement bien en deçà de +2°C, limite qui, selon les scientifiques, nous protège de la plupart des effets d’emballement.
Concrètement, selon le GIEC, il nous faut diviser par 2 les émissions mondiales d’ici 2030 pour respecter l’Accord de Paris (2015). L’Europe s’est engagée à diminuer de -55 % ses émissions d’ici 2030. La France devrait bientôt reprendre cet objectif, le Conseil d’État ayant dénoncé en 2020 l’insuffisance de la cible actuelle de -40 %.
Le nouveau rapport du GIEC confirme que le budget carbone permettant de rester en deçà de +2°C est trois fois supérieur à celui des +1,5°C. Nous sommes en retard pour 1,5°C, mais il est encore possible de stabiliser le réchauffement climatique sous +2°C. Pour cela, il faut agir maintenant.

En 2027, il sera trop tard

Qui peut croire que l’on réduira nos émissions de -55 % en 3 ans ? Si l’on attend 2027, même une action volontariste ne serait plus en mesure de respecter nos engagements et de nous protéger des catastrophes liées à l’emballement climatique. Il n’en est pas de même si des actions fortes sont lancées dès 2022.

L’Europe et la France ont un rôle clé

Sortons de l’hypocrisie qui repousse les actions nécessaires sous prétexte qu’elles ne seraient pas suffisantes. Bien sûr, aucune action seule n’est suffisante et le problème est mondial, mais est-ce une raison valable pour renoncer sans avoir rien tenté ? À force de se battre sur quelles actions mener et qui doit les mener, rien d’envergure n’est mis en œuvre.
On l’a vu avec les vétos du Président puis la fausse loi « Climat et Résilience » qui ont détruit le travail de la Convention Citoyenne pour le Climat, M. Macron n’agit pas sur le climat : il est prêt à sacrifier le pays et sa population. Pourtant notre pays peut jouer un rôle clé. L’Europe rassemble 500 millions de personnes parmi les 800 millions qui émettent la moitié des GES de l’humanité. Aussi notre action peut être décisive.
De plus, l’Europe est responsable d’une large part des 2 400 milliards de tonnes de CO2 émis par l’humanité depuis l’ère préindustrielle. Nous avons été parmi les premiers à émettre massivement, nous pouvons lancer un mouvement d’action salutaire en sortant des prétextes et de l’inaction. Commençons à faire le nécessaire. Que je change mon comportement n’est pas suffisant, mais c’est nécessaire, que telle ou telle entreprise ou collectivité réduise son impact carbone n’est pas suffisant, mais c’est nécessaire, que la France et l’Europe respectent l’accord de Paris et réduisent leurs émissions de 55 % d’ici 2030 n’est pas suffisant pour sauver le climat, mais c’est nécessaire. Toutes ces actions bien qu’insuffisantes restent nécessaires et doivent être entreprises le plus vite possible. Agissons maintenant, tout cela est indispensable et vital.

Pour une victoire climatique : il faut gagner en 2022

Une action d’ampleur est nécessaire dès 2022. Une victoire climatique sera possible à 3 conditions :

  • L’urgence climatique (et plus largement environnementale) et de l’énormité des ruptures nécessaires pour y répondre sont au cœur de la campagne, faisant évoluer l’opinion publique et le positionnement des politiques
  • Une victoire aux élections de 2022 (présidentielle + législative) par des élus résolus à agir sur le climat et la biodiversité
  • Lancement d’une « Convention Citoyenne pour le Climat à 67 millions de personnes » juste après les élections

-55 % en 8 ans, avec une volonté populaire, les moyens de l’État et la loi : c’est possible !

Diminuer nos émissions de moitié en à peine plus d’un mandat demande des bouleversements gigantesques de notre économie, de nos vies et de notre organisation sociale et territoriale. Ceci ne pourra se réaliser qu’avec le consentement d’une large part de la population. Le lancement d’une « Convention Citoyenne pour le Climat à 67 millions de personnes » juste après les élections donnera à l’ensemble de la population le même niveau d’information que lors de la CCC et permettra une concertation nationale sur les bouleversements nécessaires. On sera alors en mesure de déterminer les priorités d’une « économie de guerre contre le réchauffement climatique » qui sera porteuse de justice sociale et d’amélioration de la qualité de vie.

Ne pas baisser les bras

Nombreux sont ceux qui considèrent que 2022 est déjà perdu et qui, par désespoir ou par stratégie, remettent leurs efforts à 2027. Pourtant l’incertitude, généralement grande en politique, a rarement été aussi forte qu’aujourd’hui. N’abandonnons pas nos responsabilités en ce moment crucial. Nous sommes toutes et tous en mesure de faire quelque chose pour que 2022 soit une année de bascule vers la justice sociale et climatique et non pas vers l’extrême droite ou le prolongement de la macronie. Un premier pas est de parler de ces sujets, largement tabous, à nos amis, dans nos familles et dans nos structures professionnelles. Soutenir la Primaire Populaire permet de donner une chance à la principale initiative qui travaille actuellement à une union de la gauche écologiste. Interpeller élus et responsables politiques sur la gravité de la situation, si nous sommes nombreux à le faire, peut les amener à des stratégies à la hauteur de l’enjeu. Toutes les organisations humanistes qui mettront l’essentiel de leurs moyens pour soutenir cette démarche et faire émerger les questions de justice sociale, de démocratie et de climat dans le débat politique joueront un rôle décisif. L’histoire est en train de s’écrire.

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